Le métier de monteur, portrait de John Pirard

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Avec 20 ans d’expérience à son actif, John Pirard est un monteur belge qui a travaillé sur des documentaires mais aussi sur des fictions et des séries télévisées.

Comment êtes-vous devenu monteur ?

John: "J’ai un profil un peu particulier parce que je suis autodidacte. J’ai fait une année d’images à l’IAD que j’ai dû arrêter. Et puis, je suis tombé dans le métier un peu par hasard. Je cherchais du travail et j’ai rencontré un jeune producteur qui avait besoin d’un assistant multitâches pour un film. Sur ce tournage, j’ai pu toucher à tout. Il y avait notamment un AVID, un programme de montage assez standard qui était à l’époque - il y a 20 ans - un des premiers programmes virtuels que très peu de gens connaissaient. J’ai eu l'occasion d’aider la monteuse et peu à peu, j’ai commencé à bien gérer le programme. Mon patron, qui était assez cool, me laissait chipoter avec. Le soir, j’allais monter des clips pour mes copains. C’est comme ça que j’ai appris à monter. Comme je commençais à vraiment bien m’y connaître, ça a commencé à se savoir dans le milieu. Grâce à ça, j’ai formé quelques monteurs confirmés. J’ai aussi dû configurer des régies dans des studios. On m’appelait car je connaissais bien le programme, mais je n’étais pas un monteur comme maintenant. Et puis, de fil en aiguille, j’ai commencé à monter et à vraiment bien aimer ça, ce qui m’a valu qu’on me confie de plus en plus de projets."

Est-ce que vous pensez que ce serait encore possible de commencer de cette manière maintenant ?

John: "Tout à fait. C'est un métier où on ne demande pas vraiment les diplômes. On est conseillé par des gens qui se fichent d’où on vient. Quelqu’un de motivé, qui a envie de faire ce métier et qui est doué peut très bien réussir. D’ailleurs, j'avais des copains qui étaient en cours à l’IAD en images et, au final, je suis entré dans le secteur avant eux car après leurs 3 ans d’études, j’avais déjà acquis plein d’expériences. C’est bien de faire des études évidemment, mais c’est un métier où l’on peut débarquer de nulle part."

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Quelles sont, selon vous, les qualités requises pour réussir en tant que monteur.euse ?

John: "Pour de la fiction et du documentaire, il faut de la réflexion, bien connaître ses sujets, avoir une grande ouverture d’esprit et de la compréhension. Pour monter des documentaires de société, par exemple, c’est important de se sentir concerné sur des sujets difficiles. Le métier de monteur n’est pas un métier où l’on met juste des plans les uns avec les autres. On réfléchit à ce qu’on fait et à ce que les gens vont recevoir. Par exemple, j’ai fait un montage sur une djihadiste qui est revenue. En fonction du montage, on pourrait la descendre ou, au contraire, avoir de l’empathie et essayer comprendre son histoire. Il faut être concerné au niveau de l’éthique, des valeurs et avoir de l’humanité.

"Dans la fiction, c’est un peu pareil. Il faut être sensible aux émotions qu’on va donner, aux émotions des personnages, comprendre la vie de gens pour magnifier une histoire ou un personnage.

"La curiosité nous aide aussi à travailler. On travaille avec le son, la musique et les images, donc c’est important d’avoir une bonne culture générale, qu’elle soit musicale, sonore, etc."

Avec quels autres profils le monteur travaille-t-il ? 

John: "En général, on travaille surtout avec le réalisateur mais on a aussi des discussions avec la production. Une fois qu’on a fini notre boulot, on discute alors également avec les monteurs sons, les mixeurs et avec les étalonneurs. On est davantage en contact avec la postproduction évidemment, et très peu avec un chef op comme il n’est pas impliqué dans le montage.

"On entre en contact avec le réalisateur avant le tournage. Le réalisateur veut parfois travailler avec un monteur spécifique. Si ce n’est pas le cas, c’est la production qui va choisir pour lui. On est appelé bien avant le tournage étant donné qu’il y a un planning et qu’il faut faire matcher les agendas de tout le monde.

"Pendant la phase de montage, certains réalisateurs sont tout le temps là, d’autres passent très peu ou encore préfèrent superviser à distance pour prendre plus de recul. Ça dépend vraiment des profils."

Y a-t-il une grosse différence entre monter une série et un documentaire ?

John: "Oui, c’est très différent. Une série est vraiment bien écrite dès le début. Ce sont des châteaux de cartes d'histoires et de personnages. Il faut que les séquences fonctionnent, sinon il y a des conséquences sur la suite et sur l’évolution de toute une série de personnages. On doit être efficace, bien faire jouer les comédiens. On doit injecter du rythme, de l'émotion. On joue beaucoup avec les sons et les musiques pour guider le spectateur vers les sensations voulues. 

Avec le documentaire, c’est souvent du brut. La caméra a filmé pendant des heures et va capter des moments. Il n’y a pas toujours de scènes écrites à l’avance. Du coup, on crée beaucoup au montage. On a parfois beaucoup plus les rênes de l’histoire que dans le cas d’une série ou d’un film. Il y a un grand travail de structure narrative."

Le métier de monteur n’est pas un métier où l’on met juste des plans les uns avec les autres. On réfléchit à ce qu’on fait et à ce que les gens vont recevoir.

John Pirard

Le secteur a-t-il connu de grandes évolutions en 20 ans ?

John: "De manière générale, peu de choses ont changé. En tout cas, les outils qu’on utilise sont toujours les mêmes. La postproduction, elle, a évolué en fonction des caméras. C’est une évolution purement technique. On demande aussi beaucoup plus aux monteurs de faire des effets, pour la catégorie monteurs vidéo. 

"On doit travailler beaucoup plus vite qu’avant aussi. Avec la cassette ou la pellicule, il y avait beaucoup moins d’heure de rushes. Maintenant, avec le numérique, on tourne beaucoup plus. On a le même nombre de jours de montage mais avec plus de matière. On a dû apprendre à aller plus vite. Sinon, c’est le même métier.

"Un autre changement, c’est le fait que les softwares sont maintenant à la portée de tout le monde. Plein de gens montent eux-même des sujets, des clips,... Les journalistes ou les personnes qui  travaillent dans la communication font parfois eux-même le montage, pour des petits projets évidemment."

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite démarrer une carrière de monteur  ?

John: "Il faut essayer d'acquérir de l’expérience après l’école. Il arrive qu’on soit un peu impressionné par certains profils, mais il ne faut pas hésiter à contacter tout le monde. Il m’arrive souvent d’être à la recherche d’assistants. Si je vois un jeune motivé, je n’ai aucun problème à le former.

"Ne pas prendre les choses par dessus la jambe. Même si au début l'assistanat c’est pas le plus chouette, ça reste une bonne manière d’apprendre le métier et la postproduction. Il ne faut pas râler si on s’occupe de tâches un peu plus ingrates ou si on ne travaille pas sur un montage important tout de suite pendant son stage. C’est comme ça qu’on apprend aussi. Certains râlent et d’autres s’accrochent. C’est à eux que tu as envie de donner du boulot par la suite.

"Être motivé. Quelqu’un de motivé, ça se voit tout de suite. Je ne parle pas de personnes bourrées d’ambitions, mais simplement des gens qui aiment ce qu’ils font, qui sont passionnés et disponibles."

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