Les médias ont un pouvoir immense. Ils façonnent notre connaissance du réel et nos représentations. La société belge est marquée par une multiculturalité inédite, qui est encore loin de se voir dans les médias. Il reste beaucoup à faire pour que les médias reflètent de manière plus juste et plus complète la pluralité de la société. La qualité de l’information en dépend.
Les mouvements sociaux de ces dernières années se sont élevés pour revendiquer une société plus inclusive, respectueuse des différences. Les médias ont un rôle à jouer pour répondre à ces aspirations, permettre à chacun de se reconnaître et de sentir sa voix portée.
Diversité des équipes, des experts, des points de vue
La question de la diversité dans les médias est multiforme. Pour Guylaine Germain, coordinatrice égalité et diversité à l’AJP – Association des Journalistes Professionnels, étudier le sujet de la diversité dans les médias nécessite de s’intéresser à la fois aux contenus médiatiques et à la composition des rédactions, en prenant en compte à la fois la diversité de genre, des origines, des catégories socioprofessionnelles, la diversité des âges et la représentation du handicap.
La diversité ne se limite pas à la représentation visible sur le papier, à travers les ondes ou à l’écran. « Elle comprend la diversité au sein des équipes de production et des rédactions (journalistes, techniciens, concepteurs, etc.), la diversité des voix et des experts invités, ainsi que la diversité des récits et des points de vue représentés dans le contenu », explique Sharon Vandevenne, project manager chez mediarte, fonds social de tout le secteur audiovisuel, film et digital belge. « La question de la diversité se joue à plusieurs niveaux, tant dans les visages à l’écran, dans les différentes voix que l’on entend, que dans les récits que l’on voit à l’image. »
Un enjeu démocratique
Parce qu’ils « façonnent notre manière de voir le monde, de comprendre les autres et de nous percevoir nous-mêmes », les médias se doivent de représenter la réalité telle qu’elle est, dans toute sa diversité et sa richesse. Sharon Vandevenne ajoute même que « quand les médias reflètent la pluralité de la société, ils contribuent à une représentation plus juste et plus complète de la réalité ».
Pour Guylaine Germain, la diversité dans les médias constitue un enjeu démocratique : « En occultant une partie de la population, les médias oublient de traiter des pans entiers de l’actualité. Le manque d’information de qualité est dangereux pour la société ».
La diversité des origines, des parcours et des identités enrichit le secteur des médias
Le sujet de la diversité dans les médias est porté depuis plusieurs années au sein du service public de l’information. La RTBF a par exemple mis en place ses propres baromètres de diversité. Safia Kessas, Responsable diversité à la RTBF et rédactrice en chef des Grenades, insiste d’ailleurs sur la nécessité de mesurer régulièrement les résultats pour faire progresser la diversité. Donner accès au débat démocratique à tous types de personnes constitue un objectif fondamental pour les médias de service public. De son côté, la VRT a mis en place une cellule diversité dès 2003 et instauré, en 2011, des objectifs quantifiés afin d’obtenir une meilleure représentation de la diversité à la télévision.
Des progrès lents et inégaux
Il reste difficile d’amener davantage de diversité dans les sujets et les points de vue si la profession journalistique n’est pas, elle-même, diversifiée. D’après les études réalisées par l’AJP , « la diversité des origines au sein de la profession de journaliste est en recul proportionnellement à la diversité inédite de la société belge, ce qui se ressent également dans le contenu », note Guylaine Germain.
Les écoles de journalisme ont d’ailleurs un rôle à jouer dans l’évolution des pratiques. « Il n’existe jamais une manière unique de traiter l’information. Les écoles tentent d’amener davantage de curiosité et de diversité de points de vue sur un sujet donné », explique Guylaine Germain.
Autre fait important, les femmes journalistes subissent le phénomène du « leaky pipeline » (tuyau percé) durant leur carrière. Alors que les jeunes femmes sont majoritaires dans les écoles de journalisme, elles sont de moins en moins présentes dans la profession au fil des années, en raison des freins qu’elles rencontrent. Si rien n’est fait pour introduire davantage de parité de genre dans les rédactions, cette parité devrait être atteinte en 2064…
Les jeunes, les seniors et les personnes handicapées sont des catégories particulièrement sous-représentées dans la presse quotidienne francophone. Et si les femmes citées en tant qu’intervenantes dépassent désormais la barre des 20 %, elles restent toutefois très minoritaires.
Pour Sharon Vandevenne, « des améliorations sont visibles, notamment une meilleure représentation des femmes et une plus grande sensibilisation des employeurs, mais il reste encore beaucoup à faire en matière de diversité ethnique et de représentation des personnes handicapées ou LGBTQIA+ ». Pour elle, les femmes, les personnes de plus de 50 ans, issues de l’immigration ou handicapées sont encore insuffisamment représentées.
Plans d’action en faveur de la diversité, formations, développement d’outils et de ressources, établissement de partenariats avec des écoles, des entreprises, etc. Le secteur des médias met en place des initiatives concrètes sur le sujet. D’après Sharon Vandevenne, l’une des manières d’accélérer sur le sujet est de « passer de la sensibilisation à la transformation structurelle : faire de la diversité une responsabilité partagée à tous les niveaux – des écoles aux studios, des diffuseurs aux décideurs ».
La prise en compte des questions de diversité et d’inclusion contribue à bâtir des médias plus représentatifs de la diversité et de la richesse de la société. Une société où chacun puisse s’exprimer, être entendu et inspirer les autres.